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Au pays des pharaons
Au pays des pharaons

10. Promenade le long du Nil

Évidemment, je ne pus avancer qu'à travers un barrage de capitaines de felouques qui me hélaient de leur barque ou qui m'attrapaient par la manche sur le trottoir. À droite, en remontant le Nil, quelques hôtels luxueux se sont installés à la limite du village. L'un d'eux se vante d'avoir accueilli Winston Churchill.

Je prends quelques clichés avant que le jour ne descende. Le petit déjeuner est loin. J'aperçois quelques restaurants chics bâtis sur les berges du fleuve, agrandis par des terrasses flottantes. Une bière sera bienvenue.

Bien installé sous un paravent, balancé par les vagues, je commande une Stark bien froide. J'hésite à prendre une salade même si le serveur m'assure qu'elle sera lavée à l'eau distillée. Je préfère un plat de sardines panées accompagné de lentilles.

La rue Corniche-du-Nil

Le soleil calme ses ardeurs agressives et je peux relaxer et jouir de ce moment rare.

Alors que je m'apprêtais à régler ma note, deux femmes en robes à motifs fleuris et portant des lunettes-soleil apparaissent. L'une est blonde et l'autre brune. Probablement dans la quarantaine toutes les deux. Ce qui avait d'abord attiré mon attention, c'était qu'elles parlaient français.

La blonde était très belle. Elles choisirent une place à l'ombre près de ma table.

Je m'aperçus bien vite qu'elles ne parlaient guère l'anglais quand elles ne réussirent pas à commander de l'eau minérale.

- Vous permettez, mesdames, que je vous aide. Et je commandai pour elles.

- Très aimable à vous, me remercia la blonde. Au revoir, monsieur le Canadien.

- Vous aurez reconnu mon accent ! Alors, au revoir, mesdames.

* * *

Cette charmante rencontre me mit de belle humeur. Alors que je m'apprêtais à entrer chez moi, un type sombre, vêtu en brun m'aborda et me proposa de la marijuana. Moi qui suis fin connaisseur de l'herbe, je ne me laisserai pas berner par le premier venu. Je demande à voir. C'est de la bonne couleur mais c'est de la poudre et ça ne sent rien. Non merci.

Je me tape une bière au restaurant de l'hôtel. C'est ma deuxième aujourd'hui alors que je n'en ai pas bu cette quantité depuis des années. Je vois Manuela et Joey monter à l'étage. J'ignorais qu'ils fussent sortis.

Je me dis que pour les quelques sous que ce type me demandais pour la marijuana, j'aurais dû accepter. Il y avait peu à perdre.

Allons quand même nous étendre et lire quelques page de mon roman.

11. Planification d'une excursion

Je m'étais procuré une carte d'Égypte aux Quatre coins cardinaux à Montréal. Je la déplie sur mon lit et inscrit au crayon feutre le trajet parcouru jusqu'à maintenant. Une autre consultation de mes guides me le confirme : dans la région, il faut voir Abou Simbel, l'île Éléphantine, le grand barrage du lac Nasser et le temple de Philae.

On peut se rendre à l'île Éléphantine en felouque pour environ 5 livres. On peut voir le barrage en revenant d'Abou Simbel et des minibus se rendent au temple plusieurs fois par jour.

J'en étais là dans mes considérations quand des coups retentissent à ma porte.

Calèche à Assouan

C'est Joey qui m'invite dans sa chambre. Il a acheté de la mari et me propose d'en fumer un avec lui car Manuela ne touche pas à ça.

La chambre est petite mais la vue est meilleure que chez moi. Manuela est enfouie sous des couvertures et affecte de dormir. Nous allumons donc la cigarette magique mais la magie tarde à se manifester.

- C'est pas extraordinaire ce truc, fait Joey

On s'entend pour partager l'herbe et je lui verse ma quote-part de 5 livres.

- Avez-vous repéré un endroit pour vous rendre à Abou Simbel.

- Oui, nous partons demain à quatre heures du matin. C'est Mahomed qui nous a vendu les billets. Il reste encore de la place dans la fourgonnette. Si ça t'intéresse de nous accompagner, va le voir tout de suite.

C'est ce que je m>'empressai de faire. Il restait deux places de libre. Seulement 20E£ pour cette odyssée, c'est peu. Mais il se fait tard, il est temps de tester encore la petite magie et puis de faire dodo.

12. Un désert à traverser

Départ à quatre heures, très bien ! Mais réveil à trois heures et demie.

Une douche ultra rapide et un coup de peigne. Je fourre deux rouleaux de pellicules dans ma sacoche, deux bouteilles d'eau Baraka, un sandwich préparé par Mohamed et je rejoint mes amis au restaurant.

Deux minivans nous attendent devant l'hôtel.

Mahomed nous présente notre chauffeur : Khalid. C'est un homme timide qui préfère parler à ses amis. La conversation est vite interrompue car l'heure du départ est venue.

Nous nous entassons vaille que vaille dans les fourgonnettes. Quatorze personnes par véhicule, chauffeur compris. Je suis sur la dernière banquette entre deux filles. Il vaut mieux avoir pris ses précautions car les arrêts sont rares, nous prévient Khalid.

Nous sommes entassés comme des sardines, et bien que la nuit règne encore, je souffre de la chaleur ambiante.

À peine avons-nous avancé de quelques kilomètres qu'un barrage militaire contrôle notre véhicule. Nous sommes à la porte du désert et quelques pirates auraient sévis récemment. Ceci expliquerait cela, c'est à dire eux avec leurs mitraillettes en bandoulière. Cet arrêt gruge une demi-heure pendant laquelle nous sommes confinés dans la fourgonnette.

Mieux vaut être ceux qu'on protège que ceux qu'on pourchasse. Allez Khalid ! En avant !

Une halte dans le désert

Il nous faut descendre environ 200 kilomètres franc Sud. Le véhicule avance sur une route construite sur le sable. Devant et derrière, à gauche et à droite, que du sable ! Parfois et toujours au loin, j'aperçois un petit bout du Nil, un court morceau de ruban bleu ou vert.

Vers sept heures trente, nous arrêtons à un restaurant dressé sous des tentes. Quelques autres minivans s'y arrêtent. Je vais enfin pouvoir fumer une ou deux cigarettes avant de repartir vers le fameux Abou Simbel.

C'est bon d'avoir un peu de place pour respirer.

Je commande une orange Fanta et vais m'asseoir sous une tente isolée réservée aux fumeurs. Même dans le désert, il y a des interdictions ! Mes deux copains viennent me rejoindre et m'offrent de surveiller mes choses pendant que j'irai dans la petite tente au fond du domaine.

À mon retour, Manuela explique à son homme qu'elle est certaine que les mots Abou Simbel signifient fils de la peur. Ramsès aurait dressé ces monumentales statues au pied de la cataracte pour indiquer la frontière entre le monde égyptien et le monde nubien et pour imposer le respect aux éventuels envahisseurs.

- Vous allez comprendre quand vous verrez, affirme-t-elle sur un ton doctoral. On aurait facilement cru qu'elle y retournait pour une centième fois.

Le soleil se mit de la fête assez tôt. J'avais terminé ma première bouteille d'eau et la deuxième trop tiède maintenant était imbuvable, seulement bonne à me rafraîchir le visage.

Deux autres heures plus tard, vers dix heures, sans nous en douter, nous arrivions dans un parking.

- Abou Simbel, dit placidement Khalid.

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