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Au pays des pharaons
Au pays des pharaons

4. Momies et compagnie

L'intérieur du Musée égyptien est ainsi conçu que dès la porte franchie, on a l'impression immédiate de pénétrer dans un temple où des rois et des reines colossaux, figés pour l'éternité sur des socles de granite, avertissent les visiteurs qu'ils pénètrent dans un autre monde, dans un passé mêlé de merveilleux.

L'immeuble possède un rez-de-chaussée très élevé et un étage qui ne lui cède rien sous cet angle.

Le rez-de-chaussée contient les plus belles statues titanesques de la nation, disposées de part et d'autre de la salle. Au fond, un couple royal mesurant plus de quinze mètres s'impose à la vue.

L'étage supérieur est formé de deux galeries latérales divisées en de multiples salles thématiques dans lesquelles des milliers d'artefacts de la plus haute antiquité sont exposés.

Planté devant chaque salle, un gardien de la Police touristique surveille les visiteurs. Après s'être enquis de l'origine du touriste, ce brave agent lui accordera la faveur d'utiliser son flash, contrairement au règlement, moyennant quelques piastres égyptiennes. Ajoutez encore cinquante piastres et il vous prendra en photo enlacé avec Néfertiti.

Le long du Nil

Après cette visite, j'ai traversé, à mes risques et périls, la Corniche en-Nil, une voie rapide au Caire. Puis je me suis promené le long du cours d'eau le plus célèbre de la planète. Devant moi, sur l'île de Guézira, s'élève la Tour du Caire dont le sommet symbolise une fleur de lotus.

De nombreuses felouques glissent lentement sur le fleuve paisible. Le long des berges, des capitaines, accoudés aux parapets, proposent des excursions. Des amoureux enlacés se promènent, des vieillards mangent des pistaches et les enfants courent comme toujours.

On remarque plein de bateaux de plaisance sur le Nil, mais pas de paquebots.

La faim me tenaillait. J'ai retraversé la Midan et-tahrir et j'ai ensuite cherché dans mon quartier un restaurant qui conviendrait à mon bon appétit. C'est finalement sur la rue Champollion que j'ai trouvé l'endroit.

Vue du balcon de l'Anglo-Swiss

De l'extérieur mon resto ne paie pas trop de mine. On dirait le Montreal Pool Room de la rue Saint-Laurent à Montréal. Sauf qu'à l'étage se trouve une belle salle ombragée où j'ai mangé en paix, entouré d'odeurs orientales.

Je me suis bourré de falafels, d'aubergines et d'une salade, tout ça avec du pain et un Coca-Cola. La note arrive. 2e£, soit environ un dollar canadien. Une bagatelle en réalité. Le propriétaire me reverra, surtout que c'est seulement à cent mètres de mon hôtel.

Il est temps de repartir à l'aventure. Un coup de coeur, mon Donald.

5. Le Caire implose

Plus haut, j'ai effleuré le sujet de la circulation au Caire. Ce n'est rien de moins que démentiel, fou braque et gaga. Heureusement que les policiers jouent allègrement du sifflet aux intersections les plus achalandées, sinon traverser la midan et-tahrir s'avérerait le plus souvent un exercice fatal. Car il s'agit de s'élancer dans une autoroute à cinq voies, à travers les autos qui foncent en zigzaguant, les klaxons fous, les ânes, les vélos et les autres piétons.

Si vous choisissez de loger trop près de cette place, ne comptez pas trouver le sommeil avant trois heures du matin : le concert des voitures vous tiendra les yeux ouverts.

Cette place est devenue le centre-ville du Caire. À gauche, outre le Musée égyptien et le Hilton, la Mogamma - immense building qui abrite des ministères, la Ligue arabe et le Musée d'anthropologie. En face, de multiples avenues s'enfoncent en étoile dans la ville. Au coin de ces avenues, un front d'échoppes bourrées du nécessaire des travailleurs. Le long de l'avenue Ramsès, les boutiques et les cafés s'étendent pendant des kilomètres jusqu'à la gare et plus loin probablement.

Le Nile Hilton le long de la Corniche-el-Nil

J'ai rencontré tellement de rues crevées, inondées qu'il faut se demander si l'aqueduc ne remonte pas au Moyen âge. Les travaux publics pourraient trimer pendant des années et des années à réparer les rues et les trottoirs défoncés sans jamais voir la fin de leur labeur arriver. Nous ne souffririons pas un tel délabrement chez nous. Pourquoi donc le supportons-nous si facilement quand il se manifeste ailleurs ?

Sur ce qui reste de bons trottoirs, les marchands étalent des produits. Ici un camelot étend quelques revues et des livres, à côté quatre ou cinq piles de journaux ; là une pauvre femme vend des kleenex et des allumettes.

Plus loin, des adolescents offrent des cigarettes à l'unité, d'autres cirent les souliers. On voit des vendeurs d'eau, de cacahouètes et de stylos. Tous les coins et recoins disponibles sont occupés par des mendiants, la main tendue, les yeux baissés.

Ce matin, j'ai croisé une femme assise le long d'un mur et qui tenait une fillette rachitique dans ses bras. L'enfant était couverte d'iode et la mère pleurait et implorait les passants. J'ai continué comme un lâche et je le regrette maintenant. Si je le croise plus tard, je l'aiderai.

Sur la rue Talaat al Harb, et dans tout le quartier touristique, des policiers et des soldats sont de faction à tous les cinquante mètres. Pas une banque, pas un bureau de change, ni une agence de voyage qui n'échappe à cette surveillance. Dans ce pays très pauvre, le gouvernement a beau jeu d'enrôler, pour des soldes dérisoires, la belle jeunesse désoeuvrée et la planter au coin des rues, mitraillette à la main.

Ils sont là, nonchalants, appuyés sur de longues armes, tout de blanc vêtus, un béret vert ou rouge de travers sur le coco. Aucun de ceux à qui je me suis adressé ne semblait parler une autre langue que la leur, l'arabe je présume. Ce sont de grands enfants, des campagnards sans instruction, la garde prétorienne des possédants.

Il faut vivre et nourrir sa famille.

Malgré cette présence, la population demeure souriante et accueillante pour les touristes.

Moi, ça m'attriste. La pauvreté m'attriste et l'injustice m'afflige.

* * *

Il fait très chaud mais l'air est sec.

En face de mon hôtel, se trouve un kiosque où j'achète des cigarettes et de l'eau froide embouteillée. Ce commerce est opéré par un jeune homme en djellaba et en babouches qui éclate de rire à tout propos. À propos, la bouteille d'eau Baraka de 1,5 litre coûte 1,5 E£.

J'ai aussi acheté trois oranges bien juteuses chez le fruitier voisin.

6. La mort des maringouins égyptiens

L'hôtelier est en train de discuter avec un grand type sec, frisé, au teint basané. Il me le présente. Ce bonhomme s'appelle Ali. Il a étudié à Paris, à Montréal et il parle le français admirablement.

Il fait le chauffeur de taxi et opère une agence de voyage à l'étage inférieur. Il veut aller m'acheter un billet de train pour Assouan. Pour que ça coûte moins cher, il me procurera une passe internationale d'étudiant. Il me suffit d'aller faire une photocopie de ma photo de passeport. Je cours chez le marchand de tabac du coin de la rue. Je découpe le reste de la photocopie et lui remet la photo.

Le train Le Caire-Assouan

- Tu auras tout ça dans deux heures. D'abord quand veux-tu partir? Il y a un train qui part à neuf heures trente ce soir. Ça t'irais ? C'est un rapide confortable.

- C'est cher ?

- Mais non ! Moins de vingt dollars US.

***

Je monte boucler ma valise et la laisse à la réception, libérant du coup ma chambre.

Je sors prendre un café sur la grande place. Je me laisse tenter par une glace aux pistaches.

De retour devant mon hôtel, je suis arrêté par un cordon de sécurité. Trois camions de pompiers sont stationnés devant l'Anglo-Swiss.

Je demande au commerçant de tabac ce qui se passe.

Il éclate d'un rire sadique et me répond :

- Your hotel...caput.

Les pompiers finissent quand même par redescendre dans la rue, victorieux et fébriles. C'est une dame habitant au troisième qui, excédée par les maudits maringouins, et ayant vaporisé trop d'insecticide, a accidentellement enflammé ses draperies en allumant son poêle à gaz.

Lorsqu'on laisse monter à nouveaux les clients de l'hôtel, la cage d'escalier laisse passer une odeur étouffante de fumée.

Évidemment, maintenant que je quitte cet hôtel, les maringouins ont disparu.

***

Je passe chez Ali qui me remet mon billet de passager et ma carte d'étudiant. J'attrape mes bagages et saute dans un taxi stationné derrière le stand du marchand de tabac.

- À la gare Ramsès II, ordonnai-je au chauffeur.

Début de l'histoire   Page suivante

   

Conception et réalisation : Donald Lacoste 2008
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4. Momies et compagnie

L'intérieur du Musée égyptien est ainsi conçu que dès la porte franchie, on a l'impression immédiate de pénétrer dans un temple où des rois et des reines colossaux, figés pour l'éternité sur des socles de granite, avertissent les visiteurs qu'ils pénètrent dans un autre monde, dans un passé mêlé de merveilleux.

L'immeuble possède un rez-de-chaussée très élevé et un étage qui ne lui cède rien sous cet angle.

Le rez-de-chaussée contient les plus belles statues titanesques de la nation, disposées de part et d'autre de la salle. Au fond, un couple royal mesurant plus de quinze mètres s'impose à la vue.

L'étage supérieur est formé de deux galeries latérales divisées en de multiples salles thématiques dans lesquelles des milliers d'artefacts de la plus haute antiquité sont exposés.

Planté devant chaque salle, un gardien de la Police touristique surveille les visiteurs. Après s'être enquis de l'origine du touriste, ce brave agent lui accordera la faveur d'utiliser son flash, contrairement au règlement, moyennant quelques piastres égyptiennes. Ajoutez encore cinquante piastres et il vous prendra en photo enlacé avec Néfertiti.

Le long du Nil

Après cette visite, j'ai traversé, à mes risques et périls, la Corniche en-Nil, une voie rapide au Caire. Puis je me suis promené le long du cours d'eau le plus célèbre de la planète. Devant moi, sur l'île de Guézira, s'élève la Tour du Caire dont le sommet symbolise une fleur de lotus.

De nombreuses felouques glissent lentement sur le fleuve paisible. Le long des berges, des capitaines, accoudés aux parapets, proposent des excursions. Des amoureux enlacés se promènent, des vieillards mangent des pistaches et les enfants courent comme toujours.

On remarque plein de bateaux de plaisance sur le Nil, mais pas de paquebots.

La faim me tenaillait. J'ai retraversé la Midan et-tahrir et j'ai ensuite cherché dans mon quartier un restaurant qui conviendrait à mon bon appétit. C'est finalement sur la rue Champollion que j'ai trouvé l'endroit.

Vue du balcon de l'Anglo-Swiss

De l'extérieur mon resto ne paie pas trop de mine. On dirait le Montreal Pool Room de la rue Saint-Laurent à Montréal. Sauf qu'à l'étage se trouve une belle salle ombragée où j'ai mangé en paix, entouré d'odeurs orientales.

Je me suis bourré de falafels, d'aubergines et d'une salade, tout ça avec du pain et un Coca-Cola. La note arrive. 2e£, soit environ un dollar canadien. Une bagatelle en réalité. Le propriétaire me reverra, surtout que c'est seulement à cent mètres de mon hôtel.

Il est temps de repartir à l'aventure. Un coup de coeur, mon Donald.

5. Le Caire implose

Plus haut, j'ai effleuré le sujet de la circulation au Caire. Ce n'est rien de moins que démentiel, fou braque et gaga. Heureusement que les policiers jouent allègrement du sifflet aux intersections les plus achalandées, sinon traverser la midan et-tahrir s'avérerait le plus souvent un exercice fatal. Car il s'agit de s'élancer dans une autoroute à cinq voies, à travers les autos qui foncent en zigzaguant, les klaxons fous, les ânes, les vélos et les autres piétons.

Si vous choisissez de loger trop près de cette place, ne comptez pas trouver le sommeil avant trois heures du matin : le concert des voitures vous tiendra les yeux ouverts.

Cette place est devenue le centre-ville du Caire. À gauche, outre le Musée égyptien et le Hilton, la Mogamma - immense building qui abrite des ministères, la Ligue arabe et le Musée d'anthropologie. En face, de multiples avenues s'enfoncent en étoile dans la ville. Au coin de ces avenues, un front d'échoppes bourrées du nécessaire des travailleurs. Le long de l'avenue Ramsès, les boutiques et les cafés s'étendent pendant des kilomètres jusqu'à la gare et plus loin probablement.

Le Nile Hilton le long de la Corniche-el-Nil

J'ai rencontré tellement de rues crevées, inondées qu'il faut se demander si l'aqueduc ne remonte pas au Moyen âge. Les travaux publics pourraient trimer pendant des années et des années à réparer les rues et les trottoirs défoncés sans jamais voir la fin de leur labeur arriver. Nous ne souffririons pas un tel délabrement chez nous. Pourquoi donc le supportons-nous si facilement quand il se manifeste ailleurs ?

Sur ce qui reste de bons trottoirs, les marchands étalent des produits. Ici un camelot étend quelques revues et des livres, à côté quatre ou cinq piles de journaux ; là une pauvre femme vend des kleenex et des allumettes.

Plus loin, des adolescents offrent des cigarettes à l'unité, d'autres cirent les souliers. On voit des vendeurs d'eau, de cacahouètes et de stylos. Tous les coins et recoins disponibles sont occupés par des mendiants, la main tendue, les yeux baissés.

Ce matin, j'ai croisé une femme assise le long d'un mur et qui tenait une fillette rachitique dans ses bras. L'enfant était couverte d'iode et la mère pleurait et implorait les passants. J'ai continué comme un lâche et je le regrette maintenant. Si je le croise plus tard, je l'aiderai.

Sur la rue Talaat al Harb, et dans tout le quartier touristique, des policiers et des soldats sont de faction à tous les cinquante mètres. Pas une banque, pas un bureau de change, ni une agence de voyage qui n'échappe à cette surveillance. Dans ce pays très pauvre, le gouvernement a beau jeu d'enrôler, pour des soldes dérisoires, la belle jeunesse désoeuvrée et la planter au coin des rues, mitraillette à la main.

Ils sont là, nonchalants, appuyés sur de longues armes, tout de blanc vêtus, un béret vert ou rouge de travers sur le coco. Aucun de ceux à qui je me suis adressé ne semblait parler une autre langue que la leur, l'arabe je présume. Ce sont de grands enfants, des campagnards sans instruction, la garde prétorienne des possédants.

Il faut vivre et nourrir sa famille.

Malgré cette présence, la population demeure souriante et accueillante pour les touristes.

Moi, ça m'attriste. La pauvreté m'attriste et l'injustice m'afflige.

* * *

Il fait très chaud mais l'air est sec.

En face de mon hôtel, se trouve un kiosque où j'achète des cigarettes et de l'eau froide embouteillée. Ce commerce est opéré par un jeune homme en djellaba et en babouches qui éclate de rire à tout propos. À propos, la bouteille d'eau Baraka de 1,5 litre coûte 1,5 E£.

J'ai aussi acheté trois oranges bien juteuses chez le fruitier voisin.

6. La mort des maringouins égyptiens

L'hôtelier est en train de discuter avec un grand type sec, frisé, au teint basané. Il me le présente. Ce bonhomme s'appelle Ali. Il a étudié à Paris, à Montréal et il parle le français admirablement.

Il fait le chauffeur de taxi et opère une agence de voyage à l'étage inférieur. Il veut aller m'acheter un billet de train pour Assouan. Pour que ça coûte moins cher, il me procurera une passe internationale d'étudiant. Il me suffit d'aller faire une photocopie de ma photo de passeport. Je cours chez le marchand de tabac du coin de la rue. Je découpe le reste de la photocopie et lui remet la photo.

Le train Le Caire-Assouan

- Tu auras tout ça dans deux heures. D'abord quand veux-tu partir? Il y a un train qui part à neuf heures trente ce soir. Ça t'irais ? C'est un rapide confortable.

- C'est cher ?

- Mais non ! Moins de vingt dollars US.

***

Je monte boucler ma valise et la laisse à la réception, libérant du coup ma chambre.

Je sors prendre un café sur la grande place. Je me laisse tenter par une glace aux pistaches.

De retour devant mon hôtel, je suis arrêté par un cordon de sécurité. Trois camions de pompiers sont stationnés devant l'Anglo-Swiss.

Je demande au commerçant de tabac ce qui se passe.

Il éclate d'un rire sadique et me répond :

- Your hotel...caput.

Les pompiers finissent quand même par redescendre dans la rue, victorieux et fébriles. C'est une dame habitant au troisième qui, excédée par les maudits maringouins, et ayant vaporisé trop d'insecticide, a accidentellement enflammé ses draperies en allumant son poêle à gaz.

Lorsqu'on laisse monter à nouveaux les clients de l'hôtel, la cage d'escalier laisse passer une odeur étouffante de fumée.

Évidemment, maintenant que je quitte cet hôtel, les maringouins ont disparu.

***

Je passe chez Ali qui me remet mon billet de passager et ma carte d'étudiant. J'attrape mes bagages et saute dans un taxi stationné derrière le stand du marchand de tabac.

- À la gare Ramsès II, ordonnai-je au chauffeur.

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