|
|  Accueil | Mes textes | Liens utiles | Galerie de photos | Livre d'or | Recommander ce site | Ajouter à vos Favoris | Contact |

Enfin ! Enfin ! Me voici dans ma chambre. Je n'ai pas eu à barguigner très longtemps car l'hôtelier m'a demandé exactement le prix indiqué dans le guide,Je loge à l'hôtel Anglo-Swiss, dans la rue Champollion, au sixième étage, chambre 20. Puisqu'il ne reste plus de chambre à un seul lit, on m'en offre une à deux lits pour le même prix. Les meubles sont vieux, élimés, un peu bringuebalants, mais le matelas est ferme, les draps propres et moi plus qu'éreinté.
Bon. Les maringouins égyptiens entreprennent de me dévorer tout cru pendant que je suis presque sans défense. On verra bien demain qui aura le dernier mot.
Je n'aurais pas dû ouvrir tout grand la fenêtre, mais j'avais chaud. Le pal tourne à plein régime au plafond et je bois d'un coup le tiers de ma bouteille d'eau. Pas étonnant que je sois si assoiffé : j'ai marché pendant plus d'une heure avec tout mon bagage sur l'épaule à la recherche de la satanée rue Champollion. Mon ami Luc avait bien raison de me prévenir : les noms de rue ne sont qu'inscrits en arabe.
Rien de spécial à dire sur les vols d'avions qui sont longs, fatigants et interminables. Du temps perdu. L'escale à Casablanca, au Maroc, m'a éprouvé physiquement. J'en ai profité pour faire quelques achats pour des collègues.
Je fouine à la boutique Lacoste, et j'ai même le temps de terminer la biographie de Ghandi, Demain, la liberté de Collins et Lapierre. Puis j'écris un poème sur la troisième de couverture du livre. Je laisse intentionnellement le livre sur un banc. Dans quel pays est-il reparti ?
Je petit déjeune, me paie un thé à la menthe et enfin un café. Que c'est long !
On annonce le départ. Ça y est : il n'y a plus de revenez-y, là où je vais, c'est définitivement Le Caire. C'est loin et c'est long en géribouère.
Additionnons. Montréal-New York : 2 heures ; New York-Casablanca : 10½ heures ; Casablanca-Le Caire : 6½ heures. Total : 19 heures ! Une performance !
Je suis assis à côté d'une Marocaine très jolie, bien mise. Elle transporte un attaché-case. Un peu plus tard, elle se met à consulter des documents. Du coin de l'oeil, je constate que ce sont des papiers gouvernementaux rédigés en français : des instructions peut-être. Espionne ? Pas du tout ! Une heure avant notre arrivée, je lui demande si c'est son premier voyage en Égypte. Elle me dit que oui. Elle est représentante commerciale pour le gouvernement marocain.
Mais déjà le pilote annonce notre arrivée. Ce soir, mes yeux ne sont plus rivés sur mon écran d'ordinateur, mais à mon hublot.
Vu de là-haut, Le Caire ressemble à une étonnante mosaïque multicolore d'affiches en néon. Coca-Cola, Toshiba, Pan Am, toutes ces firmes n'hésitent pas à planter leur réclames criardes au-dessus de la mégapole.
Le centre-ville est vite dépassé, les moteurs grondent, l'avion se penche à gauche, à droite, plonge sur la piste.
L'Égypte ! L'Égypte dont je rêve depuis si longtemps. Comme elle m'effraie à cet instant.
2. Arrivée au CaireLes procédures douanières sont tatillonnes, d'une lenteur exaspérante. Mais comment faire autrement avec ces multiples avions qui se posent à la queue leu leu, chacun d'eux dégorgeant d'éventuels intégristes arrivant des quatre coins de l'Islam et que les autorités complices du capitalisme américain essaient plus ou moins de déceler.
Je ne suis plus chrétien depuis belle lurette. Au contraire, j'ai vécu plus de trente ans d'athéisme virulent, connu comme un anticlérical radical.
Un jour, j'ai cru en Dieu. Mon dieu s'appelle Vishnou. Je respecte le dieu des autres. Je crois fermement que c'est le même d'ailleurs.
Je crois encore que tout va bien se passer pendant ce voyage.
Le passeport canadien produit cependant encore son effet, car dans mon cas un bref regard sur le document suffit au douanier.
Les bagagistes ont endommagé mon sac de voyage. Rien d'irréparable. Un simple embarras passager.
Maintenant ? Où aller ? Aller à l'hôtel que j'ai réservé de Montréal ou en trouver un ailleurs ? Je suis encore indécis. Sentons le vent. Sortons vite d'ici.
Les marchands de l'aéroport pullulent : petits taxis, taxis collectifs, agences de voyage, guides officiels, non officiels, bureaux de change, changeurs au vol, escrocs, malandrins et profiteurs de mille sortes. Où qu'on aille, ce sera donc toujours pareil ? Pas moyen d'éviter les contacts. Est-ce que je veux une chambre d'hôtel, un taxi, une fille ?
Premiers moments en villeJe m'entends avec un chauffeur de camionnette qui m'amènera à Midan et Tahrir, la place centrale du Caire, pour 15 E£. Ce brave garçon m'assure connaître un honnête hôtel à prix plus que raisonnable, l'autre que j'avais réservé coûtant plus de 75 dollars canadiens.
Ce que j'ignorais il y a un instant devient soudain patent : c'est aujourd'hui la fête nationale ! On célèbre aussi la victoire contre Israel le 6 octobre 1971. Dans deux heures ce sera un autre jour, mais pour l'instant j'y suis.
- De plus, m'explique le chauffeur, l'équipe nationale marocaine de foot joue contre notre équipe ce soir. C'est la fête !
De partout des gens arrivent qui envahissent les rues, montent sur les toits des voitures. On n'avance plus ici, cent fanions traversent une voie plus loin, les klaxons têtus m'étourdissent, m'assourdissent. On crie, on chante, on grimace, quel tohu-bohu !
Le chauffeur cherche un chemin, en prend un autre, s'engage dans une avenue, en prend une autre, ne sait plus que faire, mais trouve finalement un passage. Une demi-heure plus tard, il stationne le long de l'avenue Ramsès et monte avec moi afin de me présenter son copain hôtelier.
Celui-ci prétend ne disposer que d'une seule chambre cette nuit. Allons donc y jeter un coup d'oeil. Elle est à peine plus grande qu'un demi mouchoir ! En outre, elle donne sur l'escalier de secours. Elle ne possède ni climatisation, ni pal et la fenêtre ferme mal. Ce type a l'effronterie de me réclamer 40 E£ pour ce placard !
Je prend la mouche, ramasse mon sac et redescend en vitesse, suivi du chauffeur qui veut m'amener ailleurs. Je lui crie me ficher la paix et me dirige vers ce qui me semble être le centre-ville.
Au loin, au dessus de tout, trône la couronne de laurier du Nile Hilton, situé à côté du Musée égyptien et de la place Midan et-tahrir. Encore deux kilomètres à marcher. Très bien ! C'est ainsi que les voyages devraient tous commencer : avec un brin d'imprévu.
Voici la place. Maintenant trouvons la rue Champollion et un bon hôtel.
J'ai de la difficulté à y arriver puisque je ne lis pas ni ne parle l'arabe, mais voici mon hôtel.
Si tous les automobilistes conduisent comme des échappés de l'asile, tout le monde, par contre s'est montré très aimable et a fait un effort pour me venir en aide, sauf les resquilleurs de l'aérogare.
Je n'ai bizarrement pas encore aperçu le Nil ni les pyramides. Le Nil, c'est pour demain.
3. À l'hôtel Anglo-SwissJe m'étire encore tout en jetant cette première phrase sur le papier. J'ai sommeillé pendant une heure et demie afin de me remettre un peu de l'éreintante journée d'hier.
Après le lever et la toilette, j'ai pris le petit déjeuner dans la salle commune. La femme de chambre, qui fait aussi office de serveuse, m'a servi du pain, du fromage, des confitures et du thé.
Parmi mes commensaux, se trouvait un couple d'Australiens arrivés une journée avant moi. Ils avaient déjà visité les Pyramides et pensaient prendre le train de Louxor demain, en soirée. Plus loin, un couple d'anglophones de je ne sais quel pays, puis, au fond de la salle, un étudiant asiatique qui feint d'ignorer tout le monde.
Puisque je détestais ma chambre habitée par les maringouins, j'ai demandé d'en changer. On m'a donné la 17. Elle ne coûtait que 25 E£ soit environ 10 dollars canadiens. Je l'ai réservée pour les deux prochaines nuits. La vue du balcon est meilleure, donnant sur une cour d'école où des enfants s'amusent.
J'ai engrangé mes guides, mon appareil photo et deux rouleaux de pellicule dans mon petit sac à bandoulière et suis parti à la découverte de la ville.
Balade dans le quartier et devant le Musée égyptienJe me suis d'abord baladé aux alentours de mon hôtel afin de pouvoir facilement me retrouver au retour.
J'ai compris que l'avenue principale du secteur est Talaat el Harb, l'avenue des hôtels bon marché, des restos, des agences de voyages et des bureaux de change.
Ensuite, j'ai dirigé mes pas vers le Musée égyptien situé tout près du Nil. Il a évidemment fallu passer à travers un barrage de vendeurs de statuettes et de papyrus. Je pouvais apercevoir le parking du Hilton où de nombreux cars arrivaient et des touristes pressés couraient pour arriver les premiers.
Au milieu de la large allée qui mène au musée, un Sphinx étale sa gloire et son mystère. De chaque côté de l'entrée monumentale du Musée, se dressent de gigantesques pharaons de pierre. Cet édifice, dont la construction fut initiée par l'illustre égyptologue Auguste Mariette en impose vraiment par sa noblesse.
Entrons donc.